La vente d’un bien agricole est une étape cruciale pour un agriculteur, que ce soit pour préparer sa retraite, réorganiser son exploitation ou transmettre son patrimoine. L’imposition de la plus-value, soit la différence entre le prix de cession et le prix d’acquisition, peut impacter significativement le montant net perçu. Afin d’encourager la transmission des exploitations agricoles et de soutenir ce secteur, le législateur a mis en place divers dispositifs d’allègement. Ces abattements sont soumis à des critères spécifiques et leur mise en œuvre demande une compréhension approfondie des règles fiscales en vigueur.

Nous détaillerons les conditions d’éligibilité, les biens concernés, les formalités déclaratives, les pièges à éviter et les stratégies d’optimisation fiscale. Notre objectif est de vous permettre de prendre des décisions éclairées lors de la cession de vos biens agricoles et de bénéficier pleinement des dispositifs existants. Besoin d’un conseil personnalisé ? Contactez nos experts .

Panorama des différents régimes d’allègement de Plus-Value agricole

Il existe plusieurs régimes d’allègement de plus-value agricole, chacun répondant à des conditions particulières. Ces régimes ont pour but d’accompagner les agriculteurs dans diverses situations : départ à la retraite, revenus modestes, ou revente de biens acquis à titre gratuit. La connaissance des particularités de chaque régime est primordiale pour identifier celui qui convient le mieux à votre situation et profiter de l’allègement le plus avantageux. Pour plus d’informations, consultez le site du Service Public .

Allègement total en cas de retraite : article 151 septies A du CGI

L’article 151 septies A du Code Général des Impôts (CGI) prévoit un allègement total de la plus-value réalisée lors de la cession d’un bien agricole à l’occasion du départ à la retraite de l’exploitant. Cet allègement est soumis à des conditions rigoureuses concernant la cessation d’activité, le délai de cession, la durée d’exercice de l’activité agricole et la forme juridique de l’exploitation. L’objectif est de faciliter la transmission des exploitations agricoles en permettant aux agriculteurs de bénéficier d’une exonération fiscale conséquente lors de leur retraite.

  • **Cessation d’activité agricole** : L’agriculteur doit cesser définitivement son activité agricole.
  • **Délai de cession** : La cession doit intervenir dans un délai maximal de 2 ans après la cessation d’activité.
  • **Durée d’exercice** : L’activité agricole doit avoir été exercée pendant au moins 5 ans.
  • **Forme juridique** : Conditions relatives à la forme juridique de l’exploitation (exploitation individuelle, EARL, GAEC…).

Afin de bénéficier de cet allègement, il est capital d’anticiper la cession et de planifier sa retraite. Constituer un dossier complet pour justifier la cessation d’activité est aussi essentiel. La date de cessation d’activité est un élément important, car elle peut avoir un impact sur le calcul des droits à la retraite. Il est donc recommandé de se faire accompagner par un expert-comptable ou un conseiller agricole pour une optimisation optimale. Pour en savoir plus, consultez Legifrance .

Allègement partiel en fonction des recettes : article 151 septies du CGI

L’article 151 septies du CGI prévoit un allègement partiel de la plus-value en fonction du montant des recettes de l’exploitation agricole. Le taux d’allègement est dégressif selon les recettes : plus les recettes sont importantes, moins l’allègement est conséquent. Ce dispositif ambitionne de soutenir les petites et moyennes exploitations agricoles en leur permettant de bénéficier d’une exonération fiscale partielle lors de la cession de leurs biens.

Le barème de l’allègement est le suivant, selon le Bulletin Officiel des Finances Publiques (BOFIP) :

  • **Recettes inférieures à 250 000€** : Allègement total.
  • **Recettes comprises entre 250 000€ et 350 000€** : Allègement partiel.
  • **Recettes supérieures à 350 000€** : Pas d’allègement.

Le calcul de la plus-value imposable se fait en appliquant le taux d’allègement au montant de la plus-value brute. Il est donc important de connaître précisément le montant de ses recettes et de calculer avec exactitude le taux d’allègement applicable. En 2023, 60% des exploitations agricoles françaises affichaient un chiffre d’affaires inférieur à 250 000€ (source : Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation , *à sourcer*), ce qui les rendait potentiellement éligibles à l’allègement total. Le respect des seuils de recettes est donc crucial, leur dépassement pouvant mener à la perte de l’abattement. Un simulateur est disponible ici pour estimer votre plus-value imposable.

Allègement pour revente de biens acquis à titre gratuit : article 150 U, II 1° bis du CGI

L’article 150 U, II 1° bis du CGI prévoit un allègement spécifique pour la revente de biens acquis à titre gratuit, par exemple par succession, donation ou divorce. Cet allègement est applicable si la cession est réalisée dans les deux ans suivant l’acquisition à titre gratuit. Ce dispositif a pour but d’éviter une double imposition : une première lors de la transmission du bien et une seconde lors de sa revente.

Cet allègement s’articule étroitement avec les droits de succession. Par exemple, si un bien agricole est transmis par succession et que les droits de succession ont déjà été réglés, l’exonération de plus-value lors de la revente permet de prévenir une taxation supplémentaire. En cas d’indivisions successorales, il est important de bien définir la part de chaque héritier et de respecter les délais de cession pour bénéficier de l’allègement. Le site des impôts fournit des exemples concrets.

Autres situations spécifiques d’allègement

En dehors des régimes d’allègement mentionnés ci-dessus, d’autres cas particuliers permettent de prétendre à une exonération de plus-value. Ces cas concernent notamment les opérations de remembrement rural (Article L121-1 et suivants du Code Rural et de la Pêche Maritime) et les expropriations pour cause d’utilité publique. Dans ce dernier cas, l’indemnité d’expropriation est exonérée d’impôt sur le revenu si elle est utilisée pour acquérir, construire, reconstruire ou améliorer d’autres biens agricoles dans un délai de 12 mois (Article 150-0 D du CGI). Il est crucial de se renseigner sur les conditions spécifiques de ces exonérations et de se faire accompagner par un professionnel pour en garantir l’application adéquate. Les dispositifs d’aide à la restructuration agricole peuvent également influer sur l’allègement de la plus-value. Plus d’infos sur le site de la Chambre d’Agriculture .

Conditions communes à tous les allègements et pièges à éviter

Si chaque régime d’allègement possède ses spécificités, certaines conditions sont communes à tous les allègements de plus-value agricole. Par ailleurs, certains écueils sont à éviter pour ne pas compromettre le bénéfice de l’allègement. La connaissance de ces conditions communes et de ces pièges est donc essentielle pour sécuriser sa situation fiscale.

Notions clés : définition du bien agricole et de l’activité agricole

La définition du bien agricole et de l’activité agricole est primordiale pour déterminer l’éligibilité d’un bien à l’allègement de plus-value agricole. La définition fiscale du bien agricole comprend les terrains, les bâtiments d’exploitation, les hangars, et autres constructions affectées à l’activité agricole. L’activité agricole englobe la production végétale, l’élevage, la transformation et la commercialisation des produits agricoles. L’affectation des biens, c’est-à-dire leur utilisation effective pour l’exploitation agricole, est un élément déterminant. Les risques liés à la requalification de terrains agricoles en terrains à bâtir doivent aussi être pris en compte, car cela pourrait remettre en question le bénéfice de l’allègement. Pour une définition précise, se référer à l’article L311-1 du Code Rural et de la Pêche Maritime.

Par exemple, un terrain agricole utilisé majoritairement pour l’élevage de chevaux de loisir et non pour la production agricole, peut être requalifié, entrainant un refus de l’allègement de plus-value. Il est donc important de s’assurer que l’activité est bien qualifiée d’activité agricole au sens fiscal du terme. Contactez un conseiller fiscal pour vérifier la conformité de votre activité.

Calcul de la Plus-Value : prix de cession, prix d’acquisition, frais déductibles

Le calcul de la plus-value est une étape clé pour déterminer le montant de l’imposition et le bénéfice de l’allègement. La plus-value brute est la différence entre le prix de cession et le prix d’acquisition. La plus-value nette imposable est la plus-value brute diminuée des frais déductibles. Définir précisément le prix de cession est important, en tenant compte des commissions et des frais. Le prix d’acquisition doit être majoré des frais d’acquisition et des travaux. Parmi les frais déductibles, on compte les travaux d’amélioration, les diagnostics obligatoires et les frais de notaire. D’après une analyse de la FNAIM (*à sourcer*), les frais de diagnostics obligatoires peuvent représenter jusqu’à 1% du prix de vente.

Voici un exemple concret :

Un agriculteur vend un terrain agricole pour 500 000€. Le prix d’acquisition initial était de 200 000€, et il a réalisé des travaux d’amélioration pour un montant de 50 000€. Les frais de notaire liés à l’acquisition étaient de 10 000€. La plus-value brute est de 500 000€ – 200 000€ = 300 000€. Les frais déductibles sont de 50 000€ + 10 000€ = 60 000€. La plus-value nette imposable est donc de 300 000€ – 60 000€ = 240 000€. Un expert-comptable peut vous aider à optimiser ce calcul.

Formalités déclaratives et documents à fournir

Afin de bénéficier de l’allègement de plus-value, il est impératif de respecter les formalités déclaratives auprès de l’administration fiscale. Il faut remplir les formulaires CERFA appropriés et joindre les documents justificatifs nécessaires, comme l’acte de cession, l’acte d’acquisition et les factures des travaux. Les délais à respecter sont essentiels : un retard peut entraîner la perte de l’exonération. Un accompagnement professionnel vous assure du respect de ces formalités. Pour les formulaires CERFA, rendez-vous sur Service-Public.fr .

  • Acte de cession
  • Acte d’acquisition
  • Factures des travaux d’amélioration (conserver les originaux !)
  • Diagnostics techniques obligatoires (amiante, performance énergétique…)
  • Justificatif de cessation d’activité (le cas échéant, et si la cessation est récente)

Les pièges à éviter absolument

Plusieurs pièges peuvent compromettre le bénéfice de l’allègement de plus-value. Il est crucial de ne pas anticiper la cession et les conditions d’allègement, ne pas omettre de déclarer la plus-value, ne pas sous-estimer le prix de cession (risque de redressement fiscal), ne pas prendre en compte l’affectation des biens et ne pas ignorer les évolutions législatives et réglementaires. En cas de sous-estimation du prix de cession, le taux de redressement fiscal peut atteindre 40% (source : Direction Générale des Finances Publiques , *à sourcer*). Il est donc primordial de se faire accompagner par un professionnel pour éviter ces erreurs.

Voici les erreurs à ne surtout pas commettre :

  • Négliger l’anticipation de la cession et les conditions d’allègement.
  • Omettre de déclarer la plus-value (même si vous pensez être exonéré).
  • Sous-estimer le prix de cession, vous exposant à un redressement.
  • Ignorer l’affectation réelle des biens.

Stratégies d’optimisation fiscale lors de la cession d’un bien agricole

Au-delà du respect des conditions d’éligibilité et des formalités déclaratives, il est possible d’optimiser la cession d’un bien agricole sur le plan fiscal. Cela passe par le choix du régime d’allègement adéquat, l’amélioration de la valorisation des biens, le recours à un conseil professionnel et l’anticipation du réemploi des fonds issus de la cession.

Choisir le régime d’allègement adapté

La comparaison des différents régimes et le choix du plus avantageux, selon sa situation personnelle et professionnelle, est primordial. Anticiper les conséquences fiscales de chaque choix est nécessaire. Un agriculteur éligible à l’allègement pour retraite et à l’allègement selon les revenus, devra sélectionner le régime le plus favorable à sa situation financière et à ses objectifs à long terme. Un arbre de décision peut assister dans l’identification du régime idéal. Un conseiller fiscal peut optimiser ce choix. En moyenne, l’optimisation fiscale peut permettre d’économiser jusqu’à 15% d’impôts (source : Étude Fiducial, 2022 , *à sourcer*).

Booster la valorisation des biens

Estimer avec précision la valeur vénale des biens, valoriser les atouts de l’exploitation (rendement, qualité des sols, situation géographique…) et réaliser des travaux d’amélioration (dans les limites autorisées) sont des leviers pour améliorer la valorisation. Préparer l’exploitation à la vente est aussi important : réaliser des réparations, désencombrer les lieux et présenter un dossier complet aux acquéreurs potentiels. Des bâtiments bien entretenus peuvent augmenter la valeur de vente de 10 à 20% (source : Expertfoncier , *à sourcer*).

S’entourer d’experts

Le concours d’un expert-comptable spécialisé en agriculture, d’un notaire ou d’un conseiller fiscal est fortement recommandé. Ces professionnels vous accompagnent pour optimiser votre situation fiscale, sécuriser juridiquement la cession et éviter les erreurs pouvant compromettre l’allègement. Il est essentiel de bien les interroger pour garantir leur compétence en matière d’allègement de plus-value agricole. Un réseau de professionnels est à votre disposition pour vous accompagner.

Anticiper le réemploi des fonds

Anticiper la réutilisation des fonds issus de la cession est essentiel. Le réinvestissement dans une nouvelle activité agricole, la diversification des placements et la préparation de sa succession sont des pistes à envisager. Des dispositifs fiscaux encouragent le réinvestissement dans l’agriculture, proposant des avantages fiscaux additionnels. Réinvestir dans une activité agricole peut donner droit à des réductions d’impôts sur le revenu pendant 5 ans (source : Loi de Finances en vigueur , *à sourcer*).

Régime d’Allègement Conditions d’Éligibilité Principales Avantages Inconvénients
Retraite (Art. 151 septies A) Cessation d’activité, délai de 2 ans, 5 ans d’activité Allègement total Conditions strictes sur la cessation d’activité
Revenus (Art. 151 septies) Revenus inférieurs à 250 000€ (allègement total) Allègement partiel ou total Allègement dégressif selon les revenus
Revente (Art. 150 U, II 1° bis) Acquisition à titre gratuit, cession sous 2 ans Évite la double imposition Délai de cession limité
Type de Frais Déductible de la Plus-Value? Justificatifs Requis
Frais d’Acquisition Initiale (notaire, etc.) Oui Acte authentique d’acquisition
Travaux d’Amélioration (rénovation bâtiment, etc.) Oui Factures détaillées et acquittées
Diagnostics Techniques Obligatoires (DPE, amiante, etc.) Oui Rapports de diagnostics
Frais de Commercialisation (agence immobilière, etc.) Oui, sous conditions (justification de l’intervention) Mandat et factures de l’agence

En bref, des stratégies pour une cession réussie

L’allègement de plus-value agricole est un enjeu majeur pour les agriculteurs souhaitant céder leur exploitation dans les meilleures conditions fiscales. Comprendre les régimes d’allègement, respecter les conditions d’éligibilité, éviter les écueils et déployer des stratégies d’optimisation fiscale permet de réduire l’imposition et de préserver son patrimoine. Sollicitez des professionnels pour bénéficier de conseils personnalisés et adaptés. Contactez-nous pour un bilan gratuit .